Les passantes

« Je veux dédier ce poème
À toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets,
À celles qu’on connaît à peine,
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais. »
Magnifique poème d’Antoine Pol, merveilleusement mis en musique par Georges Brassens, qui éveille de nombreux souvenirs d’amourettes inabouties.
J’ai 15 ans et je la vois passer presque tous les jours, après l’école; elle rapporte un sac d’épicerie et, souvent , une revue. Je l »observe de chez nous (elle demeure dans la rue perpendiculaire en face) et je note: tantôt « Nous Deux », tantôt « Confidences », tantôt « Intimité », des revues que la gent féminine de tout âge lisait à cette époque. Je ne sais comment l’aborder; j’achète les numéros récents des dites revues et, la voyant sortir de chez elle, je m’approche et les lui offre. Elle me foudroie du regard, jette les revues à terre puis fait demi-tour. Penaud, j’ai rebroussé chemin. (Des années plus tard, j’ai recroisé cette fille, mariée, qui m’a avoué avoir commis la pire gaffe de sa vie ce jour-là). Je l’aimais tellement! Plus tard, 21 ans, en France, à l’Université, une fille extraordinaire qui cherche ma compagnie; nous sommes allés au cinéma voir un film avec Jacques Brel, dans le rôle d’un prof accusé d’abus de confiance. Elle m’a pris la main et refusé mon baiser au sortir de la salle. Encore plus tard, à Québec, je demeure sur la rue Ste-Geneviève, derrière le Château Frontenac, au 3ème étage. Quand je descend, il y a, au deuxième, deux anglaises qui, tantôt l’une tantöt l’autre, guettent ma descente; elles entrouvrent la porte, l’air de voir ce qui se passe, en jaquette légère. « Good morning » chaque fois avec un grand sourire. J’ai pas osé. L’année suivante, dans le grand nord, il y a Kayola (Caroline), cette belle enseignante autochtone qui débarque chez moi pour prendre une douche.
Et puis, à Rimouski, la journaliste de Radio-Canada, venue s’asseoir prés de moi lors du concert de Sonny Terry & Brownie McGee, que j’ai raccompagné jusqu’à sa chambre et, à Trois-Riviéres, cette fille qui m’a invité chez elle, dans sa chambre, pour écouter de la musique. Ce sont mes passantes, celles que je n’ai pas courtisées et qui auraient pu changer ma vie. Pas nécessairement pour le mieux.

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Trois-Rivières
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