Balade en Bugatti

« Viens je t’emmène avec moi
En balade
Tu laisses tout on s’en va
En balade
Ma Bugatti sport de mil neuf cent trente
N’attend plus que toi
Crois-moi tu seras contente ».
Après trois enfants, voilà ce que mon père aurait voulu dire à ma mère. Pour quelques kilomètres, on attelait la jument mais pour aller, par exemple, voir Marguerite (la soeur de maman) et sa famille à Tlemcen, 100 km plus loin, il fallait une automobile. Juan et Manuel, 2 frères de ma mère venaient d’ouvrir un garage, au début des années 1950. Nous avons bénéficié d’une Talbot 1947, remise à neuf, pour le périple vers Tlemcen, gracieusement prêtée pour essai. Il faisait une chaleur torride; une chance, le pare-brise pouvait se soulever grâce à des roulettes latérales car, mêmes avec toutes les vitres baissées, on suffoquait littéralement. On s’est arrêté à plusieurs reprises pour désaltérer tout le monde, y compris l’auto dont le radiateur laissait constamment échapper une intense vapeur. Le chemin est tortueux et tout en montées et descentes et le voyage a duré 6 heures. Au retour, le lendemain, la pluie s’est mise de la partie et le moteur des essuie-glaces ne fonctionnait pas. Ma mère a du les faire marcher à la main en utilisant la mollette de secours. En outre, il y avait une fuite derrière, ce qui nous, les enfants, nous a amusés énormément, chacun bousculant l’autre sous la douche. Et puis, à 10 km de chez nous, le radiateur a surchauffé et le moteur a rendu l’âme. La Talbot (qui ressemblait à l’auto d’Al Capone) a été rendue et nous avons obtenu une 402 Peugeot Familiale noire, grand véhicule avec 6 vitres latérales et typique pour ses 2 phares logés ensemble juste derrière la grille du radiateur. L’auto permettait de transporter la famille et le barda lorsqu’on allait en pique-nique dans la forêt de Kamesis, à 30km, à la montagne de Santa Cruz ou à la plage d’Arzew à 80 km. Avec des bâches (servant à couvrir les remorques transportant les céréales) récupérées à la ferme, ma mère avait confectionné une tente, mon père avait coupé et soudé des poteaux de métal: on plantait la tente au bord de la Méditerranée, on mangeait, on se baignait quand ça nous tentait et on se sentait libres.
Monsieur Albrand, le colon français propriétaire de la ferme possédait une Citroën « Traction avant », auto mythique depuis les années 1940: on la voit souvent dans les films des années 40-50 comme véhicule de la police, des nantis ou des gangsters, la BMW de l’époque. Mon père en rêvait. Quand le patron s’en est départi, elle avait peu de kilométrage puisqu’elle ne servait que quelques semaines par année, quand ledit colon venait en Algérie. Mon papa l’a acheté et elle s’est rendue utile de nombreuses années jusqu’à ce qu’il quitte l’Algérie. Quelle auto! Facile à conduire, une tenue de route exemplaire, seulement 3 vitesses, mais la première pouvait vous emmener jusqu’à 80kmh et la seconde jusqu’à 120! J’ai appris à conduire avec cette voiture et elle demeure mon fantasme automobile.

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Trois-Rivières
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